De la naissance à la naissance.

C’est quoi naître ?

Tout le monde sait ce que ça veut dire bien sur, d’un point de vue biologique. Mais qu’en est-il de la naissance de l’individu ? Peut-on naître plusieurs fois ? Et donc finalement que peut-on appeler naissance ?

Un jour, tu arrives en ce monde, physiquement s’entend, et tu nais. Tu te retrouve sur le ventre de ta mère, souvent ton père est juste à coté (aujourd’hui en tout cas), on note l’heure, tu « regardes » autour de toi, tu es né.

Tu grandis, élevé par des parents, au contact de tout ceux qui les entourent, familles, amis, connaissances. Tu as rapidement tes propres copains, tes premiers amis, tu grandis encore.

Un jour, tu as 18 ans, l’age de la majorité en France, et tu nais une seconde fois, tu es désormais un adulte. Peut-être as-tu été émancipé quelques années plus tôt, mais toujours est-il que tu deviens presque du jour au lendemain un adulte.

Autant l’enfance, l’adolescence et la puberté, sont des passages obligés (sauf maladie ne te permettant pas d’atteindre ces stades), autant l’age adulte est un cap, une seconde naissance en quelque sorte. Tu deviens « responsable » de ce que tu fais, de ce que tu décides, quoiqu’il arrive et même si quelqu’un d’autre finance dans un premier temps. L’age adulte c’est l’age où on se rend compte que l’on est seul à assumer ses décisions.

En même temps que cette naissance, peut en survenir d’autres, à travers des prises de conscience du monde qui nous entoure, des études ou du métier que l’on va pratiquer ou de la non-activité, de la personne qui partage votre vie, et que sais-je encore….

Et c’est ici finalement que se forge votre être, en se basant sur toutes les années précédentes, à la différence toutefois que maintenant personne ne décide à votre place, c’est vous le patron à bord.

Les premiers stades d’une relation à 2 peuvent souvent être emprunt de jalousie, de sentiment de possession, et affronter ce mur est une nouvelle naissance dans les relations à l’autre. Et ceci pas uniquement avec votre compagne ou compagnon, mais aussi à travers toutes les relations que vous avez nouées. Mais la plus sensible est celle qui est la plus intime. Pour ma part, la jalousie a fait partie de ma vie, jusqu’à arriver à un point non supportable, par ma moitié comme pour moi. Alors vous discutez, vous remettez les choses à plat, vous souffrez terriblement, autant de ce que vous faites ressentir à l’autre que de se que vous ressentez vous-même. La vie devient un calvaire. Et là, vous avez un choix à faire, un choix de vie finalement, une nouvelle naissance. Est-ce que je passe à autre chose et laisse tomber ces futilités ? Ou bien est-ce que je trouve mon comportement et mes sentiments corrects et je continue comme ça, quitte à perdre la personne qui m’est chère ?

J’ai fait le choix de la naissance. Je suis né ce jour-là une nouvelle fois, j’ai laissé derrière moi ce qui allait m’empêcher de vivre pleinement ma relation. J’ai fait un choix, le choix de vivre.

Et puis la vie passe, les années aussi…. L’entrée dans la vie active est effective, pas forcément simple mais il faut bien faire avec. Nous avons un métier, les études sont finis, nous entrons de plein pied dans le monde « idéalisé » de l’adulte travailleur. La personne avec qui je vis alors est dans le spectacle vivant, ce qui m’ouvre une fenêtre sur un monde inconnu de la plupart des gens. Ce monde est presque un monde à part. Pour moi ce fut aussi l’occasion d’un choix, surtout d’un compromis avec ma vie professionnelle du moment, un monde pourrait-on dire.

J’accède alors à deux mondes différents, que j’essaie de concilier, ce qui n’est pas toujours simples, surtout quand un des aspect de cette vie est « assez réfractaire » à l’autre, une lutte permanente de ma part pour garder un équilibre. Mais là aussi il faut faire avec, en essayant de concilier la chèvre et le choux. Il y a des coups de gueules, plus ou moins puissants. Mais tout se passe bien, en tout cas les premières années. Et puis arrive…. la fameuse routine, encore plus exacerbée en région parisienne où je vis à l’époque. Et là, la fracture se produit, un instant, des faits, et une conséquence, la fin de la relation.

Le monde semble s’écrouler autour de vous, tout d’un coup, comme si ça ne suffisait pas, à ce coup psychologique, vous avez une succession de faits qui s’enchaînent, un accident de voiture (pas grave, juste de la tôle), des petits ennuis à droite et à gauche, juste ce qu’il faut pour ne pas vous mettre en danger, mais qui ajoutée à tout le reste vous font penser que vraiment, là, c’est la fin, le ciel vous tombe sur la tête, vous ne pourrez jamais vous en sortir.

Et puis, la séparation se passe bien, les premiers temps sont très (extrêmement) dur, mais le temps passe, les discussions qui n’avaient pu avoir lieu se produisent et au final, je me rends compte que c’est mieux comme ça. Et là, comment savoir, de nouveaux concours de circonstances, des individus, des discussions, des événements, et là, d’un coup (ou presque) je me dis, tant qu’à reconstruire, autant tout reconstruire. Je cherche et finalement je trouve….

Je travaillais alors dans l’armée, je décide de tout plaquer et de chercher dans le privé. Mon objectif premier, pouvoir, à court terme, partir de la région parisienne, je n’en peux plus de cette vie qui n’en est pas une (de mon point de vue). Je trouve dans le privé, je suis informaticien, nous sommes en l’an 2000, il y a ce qu’il faut comme travail. Je demande la permission de démissionner (si, si véridique) et on me l’accorde. Je pars désormais dans un nouveau monde, le monde du privé. Changement de tout en terme de travail, même si la base reste identique, le fond diffère un peu et la forme beaucoup. Je vis une année agréable, je m’éclate dans mon boulot, tout le temps chez les clients, au contact de gens tous différents et à qui j’apporte autant qu’ils m’apportent. Mais comme toujours, il y a un hic. La politique de ma société (de service) change et là des incohérences surviennent (ce n’est que mon avis) qui ne me vont pas. Je quitte cette société et entre dans une autre, nous sommes fin Août-début Septembre 2001. À peine le temps de m’installer, et là, 2 tours s’écroulent de l’autre coté de l’Atlantique. À ce moment là, je ne mesure absolument pas les conséquences de ces actes sur ma vie, car elles sont réelles bien que sans lien aucun.

Je suis en mission à ce moment là, quelques jours après l’attentat, et ça ne se passe pas bien du tout, une découverte pour moi. Je dois faire quelque chose sans savoir réellement quoi, avec un chef de projet absent, des collègues qui ne me donnent aucune information me permettant d’avancer. Bref, je dois découvrir seul ce que je dois faire et comment le faire. Vous connaissez « Mission Impossible » ? Et bien voilà ! Le résultat c’est que, le tout associé, fera que la mission s’arrêtera prématurément, que les missions sont toutes gelées chez les donneurs d’ordre et par conséquent toutes les personnes qui comme moi avaient rejoint cette entreprise pendant l’été 2001 se retrouve dehors, sans boulot, avec comme seule perspective l’ANPE et les Assedic à l’époque.

Mais, car il y a un mais, en fin Août 2001, prenant quelques jours de vacances (pas de vacances depuis l’été 2000), je croise une personne, et toute sa famille, une personne que j’avais bien connu des années auparavant, dont le frère était au lycée avec moi. Et cette personne, elle me touche, elle fait vibrer quelque chose en moi. Alors certains diront que c’est le coup de foudre, je ne pense pas que ce soit ça. Sur le moment, si je peux donner une image, c’est comme si vous étiez en pleine tempête et que tout d’un coup, vous voyez le rayon de soleil qui représente l’accalmie. Vous faites les « formalités » d’usage, alors comment ça va, ça fait un bail, et comment allez-vous depuis tout ce temps, etc… Mais quelque part, en moi, la vibration se fait plus forte. Et de jour en jour, elle est de plus en plus forte, il faut faire quelque chose.

Je décide de recontacter rapidement cette personne, d’abord par téléphone, sans succès. À ce moment-là, je n’ai pas d’autres moyens à part le courrier, tout le monde n’est pas encore équipé d’ordinateur et d’internet, ou n’en a tout simplement pas les moyens. Alors la seule solution, c’est le courrier. Alors je cherche. Le nom, je le sais, n’est pas commun en France, je ne devrais pas avoir trop de retours, surtout avec le prénom associé. Et là, presque un petit miracle (juste pour la formule, je ne crois pas en dieu), l’association des 2 ne me donne qu’un seul et unique retour. Là, je n’ai plus le choix, alors je me lance. J’écris un « long » courrier à une personne que j’ai connu 12 ans plus tôt, dont je ne sais pas si elle voudra me lire et encore moins me répondre.

Le courrier est parti, je commence mes démarches auprès de l’ANPE et en même temps, je cherche un emploi. Les attentats ont provoqué en quelques semaines un gel des embauches, autant qu’un gel de crédit dans les sociétés. La situation est comme bloquée, d’un coup d’un seul. Je ne suis pas défaitiste mais j’ai comme un doute. Je continue ma petite vie comme je peux, et un jour, un courrier. Cette personne m’a répondu. Comme ça fait « vieux jeu » le coup du courrier n’est-ce pas ? Mais vous ne pouvez pas savoir comment vous vous sentez… Comme sur un nuage. Je n’avez pas encore ouvert le courrier, mais j’étais juste bien que cette personne m’ait répondu. Alors j’ouvre et je lis, et je découvre quelque chose de stupéfiant. Ce que je lis me montre une personne que je veux connaître plus. Je dois continuer d’écrire, je dois continuer de correspondre avec elle, je dois en savoir plus sur elle, car en même temps j’ai l’impression d’en savoir plus sur moi. Nous sommes pourtant très différent, nos personnalités diffèrent mais il faut que j’aille plus loin.

Évidemment, au bout d’un moment, la rencontre a lieu, de nouveau, et nous discutons l’espace d’un week-end, en dormant si peu que j’ai l’impression de me retrouver à l’époque où j’étais étudiant, avec les nuits blanches en série. Et puis, les choses se disent, on se met à nu respectivement (pas à poil au sens physique s’entend), les jours et les semaines passent, je viens de plus en plus souvent, nos discussions sont aussi longues qu’endiablées, je suis forcé de sortir d’un mutisme que me sert de protection, je dois dire pour vivre. Et je déménage, je viens vivre dans une région rurale, au milieu de rien et en même temps au milieu de tout. Je renais une nouvelle fois.

Pendant 3 ans, je me suis forgé une carapace, je me suis efforcé de me protéger de tout pour ne plus avoir mal, et là, je découvre que c’est une erreur. Je dois ressentir, accepter tous les ressentis, même la douleur, si extrême soit-elle, car c’est la vie ! La vie n’est tout de même pas un long fleuve tranquille, car les discussions s’enchaînent, les nuits blanches se succèdent. C’est comme si vous régliez tous les principes de base, bâtissiez les fondations, les murs, la toiture de votre maison famille avant de commencer réellement les finitions. Mais si certains le font en plusieurs années, nous l’avons réalisé en quelques mois. Tout est dit, le meilleur et le pire, et tout est digéré en temps réel, car derrière, la discussion ne s’arrête jamais. La vie est comme ça quand on réfléchit bien, un mouvement perpétuel, et bien ce moment de ma vie était comme ça, dans un tourbillon qui ressemblait à une tornade, mais cette tornade n’était pas destructrice, elle m’a reconstruit. Et depuis, ça n’a jamais réellement cessé d’ailleurs, la tornade est apprivoisée mais toujours présente.

Ce moment est une naissance bienveillante et douloureuse à la fois. Elle est la vie, ma vie, notre vie. Cette naissance donne depuis naissance à beaucoup d’autres, différentes en intensité certaines fois, plus fortes d’autres.

Après avoir bougé, retourné en ville pour le boulot, nous avons enfin posé nos valises depuis quelques années, de nouveau au milieu de rien et de tout à la fois. Nous avons construit en « dur », rénové une maison (pas encore fini d’ailleurs), travaillé un peu, beaucoup ou pas du tout. Nous sommes désormais 1 de plus depuis bientôt 7 ans, ce qui fait 4 en tout. Nous vivons notre vie, nous chassons la routine du mieux que nous pouvons, nous échangeons régulièrement nos tours de poubelles et de vaisselle (entre autres balais et lessive bien sur), et par dessus tout, nous nous envoyons en l’air régulièrement par que ça le vaut bien, et que c’est super agréable merde ! Nous vivons….

Dans ce méli-mélo, une autre naissance est arrivé, celle d’un parent, car le jour où enfin, après 6 ans d’essais infructueux mais très réguliers (vous pouvez me croire), une naissance est venu, une naissance d’un enfant, de notre enfant. Je vous raconte un petit peu. Le jour de l’accouchement, la veille plus exactement, pas d’affolement, je suis au travail à 60kms de chez moi. Je reçois un coup de téléphone en fin de matinée, « j’ai des contractions, mais ne t’inquiète pas tu as le temps ». C’était vrai ! Je rentre en fin d’après-midi, et vers 20h-21h, nous partons à la maternité tranquilou… Nous sommes très vite pris en charge, et tout le toutim médical qui va avec… Et là, on attend… on attend… on attend… ocytocine (les femmes ayant accouchées qui y ont eu droit comprendront parfaitement)… on attend… ocytocine… on at… on attend plus… et là, pour gagner un pari avec la sage femme, l’enfant naît à 2h31, juste après les 2h30 du pari (des fois on se rappelle de trucs bizarres non ?). L’enfant est naît, il est posé sur la mère (vous voulez coupé le cordon monsieur ? Non je ne veux pas m’évanouir merci !) et là, là, LÀ…. il regarde, il croise votre regard. ET LÀ, encore une fois, vous venez de naître. La vie ne sera jamais plus la même désormais, car je jour-là, vous êtes nés à nouveau, en même temps que votre enfant. Chaque jour qui passe, cette image est présente en moi, elle est moi, elle est ma vie, elle est la vie. La veille vous étiez, ce jour vous êtes, mais le lendemain vous êtes nés.

Alors rien n’est simple, la vie est parfois terrible, cruelle, et aussi généreuse, joyeuse. La vie est la vie, elle est pleine et si on l’accepte, alors on vit et on ressent tout, pleinement, ce qui permet d’en profiter, de l’apprécier. Ces naissances successives dans une vie existent, on peut les nommer autrement, moi c’est ainsi que je ressens ces moments.

Chaque instant est une naissance finalement, chaque seconde qui passe est différente de la précédente.

Si j’accepte le tout, le bon et le moins bon, la douleur et la joie, la peine et le bonheur, c’est parce que c’est ce qui permet de naître régulièrement, et surtout et avant tout de vivre.

Et lorsque l’on vit, que l’on s’aperçoit que l’on vit, rien n’est plus pareil. Chaque jour qui passe est un bonheur, sans être dans la béatitude bien sur. Chaque jour vous partagez avec tout ce qui vous entoure et ceux qui vous entourent.Vous ressentez tout.

Acceptez de naître, acceptez d’être ce que je suis, qui je suis, avec mes bons et mes mauvais cotés, est une naissance. Et loin d’être une fin en soi, ce n’est que le début de l’aventure, l’aventure de la vie.

Pour moi, accepter de naître, c’est acceptez de vivre.

Alors vivons, tous autant que nous sommes, et le monde s’en portera peut-être un peu mieux….

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