IL FAUT !

« Il ne faut pas faire preuve d’angélisme. C’est justement ceux qui ne sont pas Charlie, qu’il faut repérer, ceux qui dans certains établissements scolaires ont refusé la minute de silence, ceux qui balancent sur les réseaux sociaux, et ceux qui ne voient pas en quoi ce combat est le leur. Et bien ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale, et là, l’école et les politiques ont une lourde responsabilité. » (JT France2 12/01/2015 de 13h)

D’habitude, lorsque que quelque chose me contrarie, les mots se bousculent, ce n’est pas toujours facile de les mettre en ordre et d’exprimer clairement ma pensée.

Aujourd’hui, après ce grand moment « d’unité nationale » de dimanche 11 Janvier 2015 (hum, hum…), voilà ce que j’entends à la télévision française.

C’est quoi les paroles de la Marseillaise déjà ? Ah oui, « Aux armes citoyens »…. Belle traduction ne trouvez-vous pas que ces paroles légères de ce journal télévision de grande écoute à 13h00 ?

Donc maintenant, nous ne disons plus l’anti-France, l’ennemi intérieur, nous appellerions donc à la « réintégration », à l’uniformisation, à la conformité, à la normalisation absolu, car que diable, qui sont donc ces « trucs » qui ne se disent pas Charlie ?

J’ai entendu, et je n’y ai pas cru. Il a fallu que j’attende le replay pour écouter de nouveau, réécouter et encore plusieurs fois, écrire ces mots, et finalement relire, relire et relire pour le croire.

Ces mots, qui ne sont certainement pas unique, je croyais que je ne les lirais pas ailleurs que sur les sites identitaires, fachos, extrêmes, vous voyez le genre je pense. Vous savez, les extrêmes qui se battent contre les extrêmes tout en les adoubant car les uns sont nécessaires aux autres.

J’ai eu l’impression de me retrouver au début du siècle dernier, quand la chasse à l’anti-France se basait sur les juifs. Alors je ne m’y retrouvais pas physiquement bien sûr, mais les écrits lus sur cette époque me donnent un aperçu sans doute assez fiable, comme ceux sur l’affaire Dréfus par exemple.

Les bras m’en tombent, ma tête explose, ma colère monte, mais je me contrôle, le clavier de l’ordinateur et la souris fonctionnent toujours…

Aujourd’hui, nous sommes le 12 Janvier 2015, le « jour d’après » selon beaucoup de médias. Le jour d’après quoi ? Je me le demande toujours….

Mercredi dernier, dès l’heure qui a suivi ces assassinats, j’ai moi aussi partagé cette image sur les réseaux sociaux. En début d’après-midi, j’en ai même fait un post sur ce blog, car à ce moment-là, il me semblait juste d’exprimer mon émotion, et ce moyen a été le plus rapide et le plus logique pour moi.

Mais ensuite, ce ne fût plus le cas, mon émotion, si forte soit-elle, devait être mais ne pas rester, pas en tant qu’émotion.

L’émotion aveugle si elle est maintenue longtemps, il faut donc la dépasser, l’intégrer pour finir pour retrouver sa raison. C’est une part de ce qui fait de nous des êtres humains.

Aujourd’hui, je ne suis plus Charlie, je suis moi, et ce depuis jeudi dernier. Et en tant que tel, en étant moi, je peux de nouveau réfléchir, à mon niveau soit, mais réfléchir tout de même.

Je comprends, j’admets tout à fait que d’autres est besoin de plus de temps pour passer ce cap, j’aimerai juste qu’ils admettent de leur côté que moi je n’ai pas besoin de tout ce temps. Et visiblement, Quel que soit le métier, il semble que certaines personnes ne l’admettent pas du tout. Et pour moi, certain(e)s ont plus de responsabilités que d’autres quand justement ils expriment devant des millions de personnes le fait que, quelque part, ils ne passent pas le cap et que les autres devraient être comme eux, sinon c’est signe de non-adhésion, c’est signe d’ennemi, c’est signe de danger, c’est signe d’anti-France.

Je ne suis plus Charlie.

Vais-je devenir le nouveau juif du début du siècle dernier, moi et tant d’autres dans mon cas ?

Alors je ne veux pas défendre ceux qui professent le rejet de l’autre comme modèle de société, loin de moi cette idée. Je revendique simplement mon libre arbitre, je n’appelle pas au meurtre, ni aux expulsions, ni au rejet de l’autre (en situation légale ou pas), ni au rejet des religions, ni même au rejet des cons (même si ça me tente), ni à la « réintégration » forcée de ceux qui seraient désignés comme déviant de la pensée (presque) unique du moment qui veut que l’ on soit tous Charlie.

À force de vouloir normer, uniformiser, le risque d’avoir des réactions importantes et parfois violentes se multiplient, il suffit de regarder le monde pour s’en apercevoir.

Je ne suis pas toi, tu n’es pas moi, je ne peux donc être Charlie, ni toi non plus, ça ne fait pas de nous des êtres insensibles ou des terroristes pour autant, nous pouvons être émus, sensibles tout en étant nous-mêmes. Et je le revendique aujourd’hui.

Maintenant, je suis inquiet, car une sorte de propagande sourde semble se faire réellement jour, celle qui voudrait que nous soyons tous un.

Et ça, pour moi, ça s’appelle du totalitarisme pour moi, dans la pensée tout du moins, à défaut des actes.

Pour l’instant je peux écrire ces mots librement, mais un jour, la pression sécuritaire ne sera-t-elle pas si forte, que le simple fait d’utiliser les mots « terroriste », « totalitarisme », « meurtre », etc, fera de cet article un article censuré et ce blog un blog fermé.

Espérons que l’émotion de l’Humain sera dépassé par sa raison, voilà ce que je voudrais pour mon jour d’après….

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